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3 mars 2013

Les rythmes scolaires : mais de quoi parle-t-on ?

De nombreux discours s’affrontent sur la réforme des rythmes scolaires mais tous ne parlent pas de la même chose même si tous affichent apparemment les mêmes objectifs : respecter le rythme des enfants et réduire l’échec scolaire. Intention louable mais qui nécessite quelques clarifications.

Christine Passerieux (Secrétaire nationale du Groupe Français d’Education Nouvelle)

* Il y a derrière la manière d’aborder la question une naturalisation des rythmes individuels, une confusion entre rythme de vie et rythme d’apprentissage qui ne prend nullement en compte ce qui relève du construit dans le rapport à l’école.

En effet à l’origine de l’échec scolaire c’est bien un rapport d’étrangeté à l’école qui peut durer tout au long de la scolarité, (jusque y compris aux premières années d’université) pour des élèves qui ne sont pas familiers avec les pratiques scolaires. Une demi-heure de plus ou de moins chaque jour ne changera rien à l’affaire.

* L’objectif de la réforme se présente aussi comme adaptation aux besoins des enfants.

Mais qui a besoin spontanément d’une règle de grammaire, ou encore d’un théorème mathématique ou de la poésie ?

C’est bien au cours de ses apprentissages que l’élève va découvrir le plaisir de maîtriser consciemment l’usage de la langue, de pouvoir jouer avec ses significations multiples.

C’est donc bien à l’école de créer ces besoins, en particulier pour les plus de 50 % d’élèves qui ne les « héritent » pas de leur milieu.

De plus au nom des besoins supposés des élèves, le risque est grand d’une différenciation des apprentissages qui participe à transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires.

* Nous rejoignons J. Y. Rochex qui récuse l’affirmation d’une nécessaire réduction du temps d’apprentissage : « Nos travaux montrent, au contraire, que les élèves les plus en difficulté scolaire sont ceux, justement, qui sont le moins en activité intellectuelle ».

Et par ailleurs les élèves les plus performants à l’école, massivement les enfants d’enseignants, ont des emplois du temps très chargés. C’est lorsque leurs capacités sont sollicitées que les élèves réussissent le mieux.

* Le rapport au temps ne peut être pensé hors contexte. Chacun a pu mesurer que la conscience du temps qui s’écoule varie.

L’inquiétude de rater son train fait apparaitre fort courtes les 20mn qui restent avant que de le prendre alors que 5mn à attendre un bus paraissent fort longues lorsque le froid se fait mordant !

Il en est de même en classe lorsque des élèves ne veulent pas aller en récréation pour poursuivre un travail qui les passionne alors que d’autres baillent en regardant leur montre après 5 mn de cours.

* Le risque est grand aussi d’une hiérarchisation des disciplines, certaines dites fondamentales et d’autres moins, qui ne peut que renforcer la représentation qu’ont les élèves qui rencontrent le plus de difficultés de la fonction de l’école.

Sauf à penser que la culture se découpe en tranches, que la pensée n’a rien à voir avec l’exercice corporel ou artistique, c’est bien l’ensemble du patrimoine que l’école doit transmettre ET A TOUS.

* Enfin l’inégalité sur le territoire entre les communes « riches » et celles qui le sont moins, les différences de choix financier d’une collectivité à l’autre, obèrent la possibilité d’accès égalitaires à l’éducation dite péri-scolaire.

Le temps d’apprendre et de comprendre

La diversité des milieux d’apprentissage est une richesse pour le développement à condition que soient clairement définies leurs spécificités respectives et les conditions qui feront de chacun d’entre eux un espace véritablement stimulant sur le plan culturel.

Ainsi la pratique des arts plastiques, du volley-ball ou de la lecture à l’école et hors l’école n’a pas les mêmes finalités. Si l’éducation d’un enfant ne se réduit pas aux apprentissages scolaires, l’école est cependant la seule institution qui a pour fonction sociale de transmettre un patrimoine culturel, hérité de l’histoire de l’humanité.

Ce faisant elle engage dans un nouveau rapport au monde où il ne s’agit plus seulement de vivre des situations mais de les analyser, les modéliser pour construire son autonomie intellectuelle, s’émanciper de ses actes et de ses premières représentations.

Il ne s’agit donc ni de scolariser le hors scolaire, ni de réduire le scolaire.

Il faut du temps pour apprendre mais le temps n’y suffit pas.

Nombre de travaux de recherche universitaire ou pédagogique s’accordent désormais à reconnaître le rôle central des pratiques dans la transmission des connaissances.

L’école transmet un patrimoine et ce faisant transmet bien plus que cela : un rapport au monde, un regard sur les autres, une manière de trouver place, le plaisir du risque et de la nouveauté, le goût de l’aventure intellectuelle et sensible, la curiosité pour ce qui n’est pas soi. L’école n’a pas à s’adapter à chacun mais doit permettre à tous de se transformer. C’est ce que l’on appelle émancipation : la construction de sa singularité, de son autonomie.

Les élèves sont fatigués parce qu’ils s’ennuient, parce qu’ils sont en échec, parce que les contrôles priment sur les apprentissages, parce qu’ils ne sont pas suffisamment convoqués en tant que sujets dans la construction de leurs savoirs.

Faire reculer l’ennui, faire reculer l’échec des enfants des milieux populaires, c’est possible si les fonctions de l’école sont clarifiées, si les contenus de savoir à transmettre sont clairement identifiés à toutes les étapes de la scolarité et si les pratiques pédagogiques sont remises en chantier de façon collective. Quelles que soient les structures mises en place.

 

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