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28 novembre 2012

DOSSIER "REFONDATION | PAROLE AUX ENSEIGNANTS"

« Une confiance rongée » | Entretien avec Emmanuel Davidenkoff, journaliste

Spécialiste de l’éducation, Emmanuel Davidenkoff est directeur de la rédaction de l’Etudiant. Il est également auteur de nombreux ouvrages sur la question dont Réveille-toi Jules Ferry, ils sont devenus fous !(Oh ! Editions, 2006) et Comment la gauche a perdu l’école (Hachette Littératures, 2003).
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davidenkoff

Que vous inspirent les réponses aux questionnaires ?

J’ai été frappé par l’image que donnent ces résultats d’une profession qui souffre et qui se sent mal à l’aise. Après lecture, on a le sentiment qu’elle n’a plus confiance ni en son institution, ni en ses missions. J’y vois une conséquence des discours politiques depuis 10 ans, ceux de Luc Ferry ou de De Robien sur la lecture ou le rapport du HCE à l’arrivée de Xavier Darcos. Jusque-là le primaire avait été plutôt épargné et les enseignants ne se sentaient pas en difficulté sur les « fondamentaux ». Le primaire n’était pas remis en question et les attaques ont été inattendues, injustes et inédites. D’ailleurs, elles continuent aujourd’hui dans certains discours autour de la refondation et ce n’est pas de nature à rassurer une profession. La confiance des enseignants du primaire dans leurs autorités a été rongée. Les politiques, comme les médias sans doute, se sont focalisés sur des statistiques qui donnaient 20% d’élèves en difficultés de lecture en 6e. Or, ces chiffres n’ont pas de réalité concrète d’une école à l’autre et ne renvoient pas aux enseignants une image fidèle de ce qu’ils vivent, de ce qu’ils font. Ici, ce sont deux élèves qui sont en échec quand ailleurs ce sera la moitié de l’effectif.

Cela a-t-il changé leur vision du métier ?

Je dirais plutôt que ça se traduit par un repli des enseignants sur la salle de classe et un éloignement vis-à-vis des missions plus citoyennes de l’école. Pour preuve les réponses sur les missions de l’école qui sont pour les trois principales : « apprendre à lire écrire compter », « donner aux enfants le goût d’apprendre », « transmettre des connaissances ». Si l’école de Jules Ferry avait pour objectif de créer des bons citoyens dans une école qui se substituait à la famille, si celle des années 60 et du plan Langevin Wallon voulait lutter contre les inégalités, celle des enseignants du primaire en 2012 paraît se recroqueviller sur les fondamentaux. Si je poussais le trait, je dirais qu’enseigner aujourd’hui est plus une profession qu’une mission.

Et pourtant les enseignants demandent une réforme...

Oui, mais ils demandent une réforme « sur les aspects qui fonctionnent le moins bien dans l’organisation actuelle de l’école ». Ce qui peut se comprendre. Comment se projeter dans une réforme de fond quand ce que l’école arrive à faire n’est même pas reconnu ? La question du handicap est un indice parmi d’autres de ce phénomène. Personne ne met en doute qu’accueillir un élève en situation de handicap est difficile mais le refus exprimé par les enseignants de reconnaître cette priorité à l’école est inquiétante car ils n’essaient même plus de donner le change, ils n’ont plus le sursaut du politiquement correct. On peut faire l’hypothèse que les professeurs des écoles refusent ce qui risque de les mettre en échec. Aujourd’hui, un enseignant de 35 ans, au sommet de son énergie et de sa compétence, a passé les dix premières années de sa carrière à entendre qu’il ne savait pas faire son métier. Alors qu’il devrait être le levier du changement, la puissance publique a réussi l’exploit de le mettre en doute.

La réforme n’est donc pas gagnée...

Il faut de la confiance pour mener à bien une réforme. Il faudrait sans doute quelques années d’une gestion bienveillante à l’égard des PE avant d’entreprendre une « refondation ». Des pistes apparaissent clairement dans les réponses au questionnaire pour aider les enseignants au quotidien. Le plébiscite « de plus de maîtres que de classes » ou le regret exprimé d’un manque de professionnels pour l’aide aux élèves qu’ils soient enseignants ou non, me laisse penser que c’est par la présence de plus d’adultes dans les écoles qu’il faudrait commencer. Les rythmes scolaires ne sont manifestement pas l’enjeu. Le fait que 82% des répondants déclarent que les syndicats doivent tenir compte aussi bien de l’intérêt des élèves que de celui des enseignants est source d’optimisme. Ils n’ont pas perdu la flamme.

 

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