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18 mars 2012

Une redoutable machine à penser

3 questions à Véronique Boiron, maitre de conférences en sciences du langage, Iufm bordeaux 4

Pourquoi l’apprentissage du langage à l’école maternelle est-il si important ?

Développer le langage de chacun des élèves à l’école maternelle est fondamental. Tout d’abord, l’enfant qui arrive en petite section continue d’apprendre à parler, et son entrée à l’école requiert alors de sa part d’apprendre à comprendre et se faire comprendre par son maître, avec qui il n’y a pas de connivence, avec qui il ne partage pas la « même » histoire. Chaque enfant va devoir aussi apprendre à parler devant un grand groupe (le groupe de pairs). A l’école, cette prise de parole publique prend des formes différentes selon les âges et les domaines ou disciplines (chanter, réciter une comptine, poser et répondre à des questions, argumenter...) et cela relève d’un apprentissage long et progressif, qui est l’un des enjeux de l’école maternelle. Développer son langage à l’école maternelle c’est aussi, pour chacun des enfants, apprendre à parler-penser devant les autres et avec les autres. L’un des enjeux principaux, c’est le développement de la pensée individuelle et collective, de la pensée singulière et partagée qui se construisent grâce à l’expertise des maîtres à travers les échanges langagiers au sein du groupe-classe. C’est au cours de ces échanges que les maîtres sollicitent l’activité intellectuelle de chacun de leurs élèves afin qu’ils comprennent, pensent, apprennent, interrogent, réfléchissent, émettent des hypothèses, qu’ils doutent, généralisent, hiérarchisent...

Quelle place prend la parole du maître dans cet apprentissage ?

L’activité langagière du maître permet à l’élève de comprendre et d’utiliser à son tour le langage de l’école, le langage des apprentissages, mais aussi le vocabulaire de travail (découper, coller, mettre en ordre, classer, entourer, relier, relire, barrer, souligner, tracer, écrire...). Ce langage de l’école est, pour la majorité des enfants, inconnu et très difficilement compréhensible. Il ne s’apprend pas « naturellement » comme c’est le cas pour le langage de la vie quotidienne. Son apprentissage requiert un enseignement programmé au sein du cycle 1 car le langage de l’école est surtout un langage de l’écrit, un langage qui renvoie à des pratiques caractéristiques de l’écrit que l’enfant doit progressivement comprendre, s’approprier et mobiliser. En effet, les usages scolaires du langage constituent des ruptures à haut risque pour les enfants de maternelle s’ils ne sont pas enseignés par les maîtres : à l’école, il ne suffit pas de savoir, il faut aussi dire qu’on sait et comment on sait. Il est important de se dire que l’activité langagière des maîtres est une redoutable machine à penser : elle permet à chacun des jeunes élèves du cycle 1 de mener des activités intellectuelles de haut niveau que l’école propose dès le début de la petite section (comprendre les histoires des albums, comprendre les consignes, répondre aux questions, connaître la différence entre le dessin, le graphisme, la copie et l’écriture, comprendre comment on fait pour lire, pour produire du langage écrit, comprendre le principe alphabétique...).

Quelles sont les difficultés pour mener cet enseignement ?

Cet enseignement requiert une mise en œuvre sous forme d’ateliers réguliers, avec un petit nombre d’élèves (4 à 6) à partir d’activités qui donnent à parler-penser. Le maître donne alors à entendre aux élèves sa propre activité intellectuelle, ses attentes, ce qui est en jeu dans la situation d’apprentissage qu’il propose... Il s’agit bien pour les enfants d’apprendre à parler-penser ensemble et pour soi, et pour le maître, de parler avec ses élèves plutôt que de les faire parler. Une activité commune (un jeu de société, un projet de dessin collectif, une histoire à inventer à partir d’un album sans texte, de photos, une observation et une comparaison d’objets...), sont autant d’activités collectives qui requièrent des échanges langagiers au sein du petit groupe qui pourra ensuite en rendre compte au groupe-classe. quant à l’évaluation des progrès au regard du temps à consacrer aux « ateliers de langage », il semblerait que la régularité des séances et la reprise régulière d’activités très semblables (plus que la recherche de la nouveauté à tout prix) soient plus propices au développement du langage des tout jeunes enfants.

 

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