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3 janvier 2017

Série « Pourquoi éduquer à l’égalité filles-garçons ? » par Karine Dorvaux

Pourquoi éduquer à l’égalité filles-garçons ?

Voici une série de cinq articles qui tentera de présenter pourquoi éduquer à l’égalité filles-garçons en 2016 et 2017.

Pourquoi cinq articles ? Le sujet est complexe car sa seule énonciation laisse entrevoir un malentendu : pour certain·e·s , il est évident de l’inclure dans nos pratiques et enseignements, mais tellement évident pour d’autres qu’il leur parait néanmoins superflu de l’aborder en classe : l’égalité serait déjà là.

Il nous a semblé important de prendre le temps de développer ce sujet, d’autant plus qu’aborder cette question à travers l’ensemble des apprentissages demande certaines connaissances historiques rarement développées dans les formations de l’Education nationale .

(Les articles ci-joints en pdf comportent des liens vers les sources ou lectures pour approfondissement.)

Notre langue est politique (1/5)

La question de la langue se pose quand on parle d’égalité filles-garçons : elle contribue à invisibiliser les femmes, les filles alors qu’il s’agit d’une langue sexuée, avec deux genres grammaticaux -le « féminin » et le « masculin »-. Car « ce qui n’est pas nommé n’existe pas » . Cette invisibilisation a des origines « politiques » qui doivent être connues pour mieux comprendre la contribution de la langue à la représentation que l’on a d’une société.

Aucun souci à appeler l’enseignante de primaire la « maîtresse » mais celle qui enseigne en université sera ici ou là encore appelée « maître » de conférences. Certain·e·s rechigneront à appeler Marguerite Yourcenar une « écrivaine » –et parleront d’un écrivain, d’une « femme écrivain »- en disant que ce n’est pas joli, que cela fait « vaine » mais ne se poseront pourtant pas la question de la terminaison du mot « écrivain »… Certaines rectrices refusent d’utiliser ce terme usité pourtant par l’administration … sous prétexte que les plumes de la queue sont appelées ainsi -près du croupion- ? Ou pour des raisons personnelles qui mériteraient une analyse ! Car certaines qui arrivent à ce niveau hiérarchique ont dû (encore) suivre un tel parcours de la combattante qu’elles veulent jusqu’au bout, jusqu’à la dénomination-même de leur poste, être traitées « comme un homme », ni plus, ni moins. Idem pour « le secrétaire perpétuel » de l’Académie française qui s’appelle … Hélène Carrère d’Encausse. Ces femmes ont intégré une forme de dénigrement du féminin au point de refuser le féminin pour elles -les insultes au féminin ne sont-elles pas les plus courantes, notamment entre hommes ?-. La misogynie (linguistique) n’est donc pas exclusivement une attitude de certains hommes : on n’est pas loin d’une forme proche du syndrome de Stockholm !

Mais revenons à la langue française qui va, à partir du XVIIème siècle, être régulée par l’Académie française. Nous ne soulignerons pas assez l’éclairage d’études historiques récentes, notamment de l’historienne de l’Ancien Régime Eliane Viennot , qui révèlent les premières intentions de la toute jeune Académie française, qui, en ces XVIIème et XVIIIème siècles, a d’abord cherché à éliminer certains noms féminins et certaines règles de grammaire qui pouvaient rendre le féminin visible -comme la règle de proximité -.

La raison invoquée de cette entreprise de « masculinisation » de la langue –qui remplace la règle de proximité par « le masculin l’emporte »- est alors assez claire : en 1675, l’abbé Bouhours affirme "Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte" et en 1767, c’est le grammairien Nicolas Beauzée qui complète sans ambiguïté : "Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle". L’exclusion du féminin est alors clairement idéologique, reflétant les idées de l’époque.

Ces études historiques très récentes (2014, 2016) sur les origines que l’on peut qualifier de politiques de cette exclusion linguistique du féminin par l’Académie française dans de nombreuses situations permet de considérer cette revendication récente pour rendre les femmes également visibles dans la langue comme une « démasculinisation » de la langue, donc, plutôt qu’une « féminisation », en fait. Mais nous utiliserons encore ce dernier mot, couramment utilisé .

La langue française devint alors sexiste avec le renforcement du pouvoir de l’Académie française, chargée de rédiger un dictionnaire, une grammaire etc. Au Moyen Age, comme l’atteste le livre des métiers (vers 1268), la féminisation des métiers ne posait pourtant encore aucun souci, comme en atteste l’existence d’ « écrivaines », « miresses » (médecins), « botanistes », « bouchères », « maréchales-ferrantes », « chaudronnières », « meunières », « laitières » ou « barbières ». C’est justement la question des noms de métiers –et surtout ceux de prestige- qui, à plusieurs reprises, a montré la résistance de beaucoup -et de l’Académie en particulier- à la féminisation de la langue. Et la France a, en cette matière, du retard, face à certains pays francophones.

La question de la féminisation de la langue s’est en effet d’abord posée en dehors de l’Europe : dès 1979, le Québec met en place la féminisation des titres de profession, de métier et de fonction (avis de recommandation officielle de la Commission de terminologie de l’OQLF : dans les textes de l’Administration et dans les conventions collectives). En 1989, en Suisse, entre en vigueur dans le canton de Genève, le règlement relatif à l’usage de la forme féminine des noms de métier, de fonction, de grade ou de titre dans les actes officiels. Enfin, au niveau de l’Europe, en 1990, la recommandation n° R (90) du Comité des ministres du Conseil de l’Europe recherchait l’élimination du sexisme dans la langue . En 1993, le Conseil de la Communauté française de Belgique adopte un décret visant à féminiser les noms de métier, fonction, grade et titre. Les règles de féminisation doivent être appliquées dans tous les textes administratifs ainsi que dans toutes les publications qui émanent d’institutions et d’associations subventionnées par la Communauté française Lors de notre formation intersyndicale de 2012 , nous évoquions déjà les résistances de l’Académie française durant les XXème et XXIème siècles car celle-ci s’est farouchement opposée à la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions présidée par Benoite Groult (1984-1986) mais aussi en 1997, face à l’utilisation par le gouvernement de « madame la ministre » -qui est de plus en plus utilisée-. Les académiciens –et les très rares académiciennes - ne souhaitent donc pas mettre au féminin en évoquant un « genre non marqué » que serait le masculin … mais remarquons tout de même qu’ils vont jusqu’à inventer un nom pour les hommes sages-femmes, les « maïeuticiens »… Il y a des priorités linguistiques en France et mettre la langue en adéquation avec l’évolution de la société ne semble pas être celle de la Coupole.

En France, deux textes officiels permettent de former les féminins des noms : Femme, j’écris ton nom (1999, rédigé par l’Institut National de la Langue française) et récemment, en novembre 2015 (un « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ») qui explique comment ne pas invisibiliser les femmes dans la langue. Ce dernier guide propose de nombreuses pistes pour avoir une langue véritablement non sexiste, dépassant la simple « féminisation » comme l’usage de termes désignant un ensemble . Ils sont tous les deux téléchargeables gratuitement en ligne.

« Dire, c’est faire », cette langue que nous utilisons, enseignons n’est pas superficielle, ornementale, elle est symbolique de la place réelle des femmes dans la société, ce qu’avait compris à sa manière le Général de Gaulle en interpelant les citoyens et citoyennes par le célèbre « Françaises, Français » dans une société qui venait à peine de donner des droits civiques et politiques aux femmes. Le langage suivait les actes, la loi. Aujourd’hui, il serait temps, en 2016, que les règles linguistiques se conforment aux avancées récentes du droit et de la société françaises et de l’usage linguistique.

Nous verrons la prochaine fois en quoi l’égalité des droits entre femmes et hommes, entre filles et garçons est tellement récente qu’elle continue toujours de s’écrire en 2016.

L’égalité en droits est inscrite depuis hier dans les textes … et dans les têtes ? (2/5)

Connaître l’histoire des droits des femmes pour mieux comprendre notre société actuelle

A la question « A quoi sert l’histoire ? » , l’historien Louis-Georges Tin appelle à s’intéresser davantage à l’histoire des processus plutôt qu’à celle des résultats , autrement dit, de voir plutôt ce qui se cache derrière la liste des dates –souvent méconnues- de l’acquisition très progressive de l’égalité entre les femmes et les hommes : à savoir une histoire des revendications et des entraves à l’aboutissement de celles-ci qui en dit long sur la place des femmes dans la société française. Essayons d’aborder ici quelques points importants de cette histoire des droits des femmes et du féminisme qui entourent des dates-clés de l’histoire de la société française. Car si l’égalité des droits entre femmes et hommes est écrite aujourd’hui dans les textes de loi, non seulement elle s’est faite avec beaucoup de freins mais elle continue encore de s’écrire…

Le retard français Le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes a été inscrit dans l’article 3 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946. Il y a donc seulement soixante-dix ans. Les femmes françaises venaient d’ailleurs, deux ans auparavant, d’obtenir enfin le droit de vote .

Elles obtenaient ce droit, 96 ans après les hommes français et 75 années après les premières femmes au monde à en bénéficier –pour les habitantes du Wyoming, aux Etats-Unis-. Une cinquantaine de pays avaient en fait précédé la France.

Voici donc l’histoire de quelques « résultats » mais intéressons-nous à l’histoire des « processus » : la première proposition de loi sur le vote des femmes (n’ayant pas de mari « pour les représenter ») avait été déposée par le député Gautret dès 1901, quelques 43 ans plut tôt... Cette proposition de loi aboutissait à la suite de plusieurs décennies de revendications féministes et suffragistes. Plusieurs projets de loi furent ainsi proposés durant le début du XXème siècle, certains furent même adoptés par l’Assemblée nationale mais, à chaque fois, le Sénat fit barrage. En 1944, les femmes obtiennent donc enfin le droit de vote et d’éligibilité : leur participation aux actes de la Résistance joua un rôle important dans le vote de l’Assemblée Consultative installée à Alger -car non, il faut préciser que ce n’est pas le Général de Gaulle qui le leur « accorda » comme il est souvent dit- .

Ce n’est que très récemment que l’enseignement de l’histoire à l’école donne à connaître les deux dates d’obtention du droit de vote en France. Nous avons été nombreuses et nombreux à apprendre que 1848 était la date à retenir pour le suffrage « universel » obtenu dans notre pays. Il s’agit en fait d’un suffrage « universel masculin ». C’était donc « oublier » la moitié de la population que de ne pas apprendre les deux dates de 1848 et 1944 .

Le rattrapage de ce « retard français » en matière de droits des femmes concernait donc l’égalité civique, politique mais ne réglait pourtant rien concrètement, dans le quotidien et leur autonomie : il a fallu, par exemple, attendre 1965 pour qu’une femme puisse ouvrir un compte en banque et choisir un métier sans l’autorisation de son mari. Jusqu’en 1970 , la notion de « chef de famille » était habituellement attribuée au mari. Il a fallu malgré tout attendre 1985 pour que les époux deviennent véritablement égaux au regard de la loi. La lenteur à rendre effectives les lois est aussi à prendre en considération car l’appellation "chef de famille" est toujours communément utilisée ainsi que dans certaines études statistiques (faites par Ipsos, notamment ).

Et que dire des droits privés et sexuels ? Les années 1970 ont vu se développer des féminismes appelés de manière globale, « la deuxième vague de féminisme » qui ont revendiqué assez massivement ces droits. Cette revendication survenait à une époque où, après 1968, la révolution sexuelle était d’abord surtout pensée pour les hommes et un peu moins pour les femmes… « Droit au plaisir et de jouir sans entrave », ils disaient, mais les questions de la contraception et de l’avortement n’avaient pas été vraiment pensées. Rappelons que l’avortement était sévèrement puni par la loi depuis 1920 par une France qui, après la première guerre mondiale, avait mené une politique nataliste. Les féministes ont alors affirmé à partir de 1970 que le corps des femmes n’appartenait qu’à elles-mêmes. Les droits à la contraception (loi Neuwirth 1967, appliquée qu’en 1972) et à l’avortement libre et gratuit (1975) furent obtenus au prix d’engagements militants. Il fallut aussi des procès –et des avocat-e-s engagé-e-s comme Gisèle Halimi- pour faire avancer le droit pénal avec la criminalisation des violences sexuelles -le viol n’est reconnu comme crime qu’en 1980, le viol conjugal qu’en 1990, le harcèlement sexuel en 1992 et 2012 etc.- Et tout récemment, le 7 décembre 2016, le Sénat a adopté la proposition de loi sur le délit d’entrave à l’IVG, visant à punir les sites Internet avançant masqués et diffusant des informations biaisées sur l’avortement . Le droit à l’IVG est toujours combattu par des milieux conservateurs : la désinformation, via un site « bien » référencé par le moteur de recherche Google, est toujours d’actualité, quelques 42 ans après la loi Veil .

Les différentes « vagues » de féminisme sont absentes de nos programmes d’histoire alors qu’elles sont des étapes-clés de la construction de notre république : elles ont permis l’obtention de ces droits longtemps interdits aux femmes. La première vague de féminisme de ce XIXème et de ce début de XXème siècles ainsi que la deuxième vague des années 1970 permirent en effet aux femmes de revendiquer surtout des droits civiques et politiques dans un premier temps, et dans un deuxième temps, des droits privés, sexuels, qui furent obtenus, non sans mal. Cet oubli de la discipline historique -jusqu’aux années 1970 durant lesquelles émergea l’histoire des femmes- questionne finalement les fondements de notre république et de sa construction.

Liberté, égalité et surtout fraternité ! Nous évoquions dans un premier article l’importance du langage dans l’invisibilisation du féminin et des femmes. Il n’a rien de symbolique : il fut refusé dans un premier temps à Jeanne Chauvin, pourtant détentrice des diplômes nécessaires, le droit de devenir avocate parce qu’elle ne pouvait pas être « un avocat » comme défini dans les textes.

On imagine finalement aujourd’hui difficilement l’importance des freins à l’égalité des milieux universitaires et de beaucoup de professions à l’arrivée des femmes, vues comme des concurrentes qui venaient « prendre le travail des hommes » . Toutes ces « premières » femmes, que ce soit la première bachelière, Julie Daubié, ou ces premières licenciées de droit, de médecine etc. ont dû résister, s’acharner face à des hommes pour qui une « étudiante » n’était que la compagne de l’étudiant, voire une femme de « petite vertu », simplement distinguée par le fait qu’elle « couche » avec un étudiant . L’exemple de la vie de Marie Curie montre bien tous les remparts dressés contre l’accès par la double détentrice du Prix Nobel aux plus hauts postes auxquels elle pouvait prétendre . On pourrait aussi regarder de plus près la difficulté pour les féministes des années 1990 à faire admettre sa dépouille au Panthéon, siège de « grands hommes » .

Le XXème a, dans sa globalité, été un siècle de conquête des droits civiques, politiques et privés pour les femmes mais, rappelons-le, nous revenions de loin : la dépendance légalisée des femmes mariées avait été gravée dans le marbre par le Code civil de 1804 : avec l’ article 213, « le mari doit protection à sa femme, la femme doit obéissance à son mari » , l’article 214, « la femme est obligée d’habiter avec le mari, et de le suivre partout où il juge à propos de le résider : le mari est obligé de la recevoir ; et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son état ». La femme mariée passait en fait de la dépendance à son père à la dépendance à son mari.

On comprend bien alors que les luttes féministes aient commencé durant ce XIXème siècle qui attribuait aux femmes une place plus que réduite dans la société et dans un pays qui se targuait d’être un modèle en matière de liberté et d’égalité. Le latin nous aide d’ailleurs à mieux y voir : la fraternité est cette solidarité entre « frères » (« frater ») .

En fait, dès le XVIIIème siècle, durant la Révolution française, une femme, Olympe de Gouges, écrivaine, autrice de pièces de théâtre –notamment sur l’abolition de l’esclavage-, affirma que les droits dits de l’Homme était ceux en fait « de l’homme ». En 1791, l’autrice de « la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », déclara en effet que si « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » (art. X). Car les femmes participèrent aussi aux événements révolutionnaires du pays et entendirent non seulement contribuer mais aussi profiter de ce vent de liberté qui soufflait sur la capitale : l’obligation de porter pour les femmes la cocarde tricolore en septembre 1793, comme les hommes, était une demande forte de femmes révolutionnaires et un premier pas vers la reconnaissance de leur existence politique et cela commençait à inquiéter alors une partie de la population .

Lire le député Amar nous donne un aperçu des mentalités de l’époque, qu’un Condorcet ne suffit pas à modifier : afin de ne pas faire exercer par les femmes des droits politiques, et afin de les empêcher de se réunir en associations politiques, celui-ci donna sa vision limitée du rôle des femmes : mères et épouses . Quant à Olympe de Gouges, elle paya chèrement son engagement politique : elle mourut guillotinée le 3 novembre 1793, quelques jours après l’interdiction des clubs politiques féminins par la Convention, demandée par Amar.

S’entérinait alors un « ordre » social qui allait parcourir le XIXème mais aussi le XXème siècles : aux femmes, la sphère privée, aux hommes, la sphère publique. Aux femmes, la gestion de la famille –sans être pour autant « cheffe de famille »- et aux hommes, la gestion de la patrie. Toute modification de cet ordre hiérarchique était alors vue comme une menace qu’il faut ridiculiser pour mieux l’affaiblir, voire l’anéantir.

De l’histoire des droits des femmes à l’histoire du féminisme et de l’antiféminisme

En cette fin de XIXème siècle, il s’agissait donc de faire passer la revendication de ces droits civiques pour les femmes pour une absurdité, voire une monstruosité qui enlèverait quelque chose aux hommes et aux femmes. L’étymologie du mot« féminisme » illustre bien, justement, tout l’antiféminisme d’une époque : le terme, d’origine médicale, désignant les caractéristiques féminines chez un homme, est utilisé pour la première fois par Alexandre Dumas fils en 1872 de manière péjorative . Il sera repris par la suffragiste Hubertine Auclert dix ans plus tard afin de qualifier le mouvement d’émancipation des femmes –c’est un exemple de « retournement de stigmate », de la même manière que pour le mot « impressionniste », utilisé par ses détracteurs -.

La présence d’hommes célèbres aux côtés des premières et premiers suffragistes – comme Victor Hugo - ne suffit pas à convaincre une opinion à la fois misogyne et antiféministe : la place des femmes ne serait pas, nous l’avons vu, de s’exprimer sur la chose publique. La croyance en un vote des femmes qui pourrait aller à l’encontre de celui des hommes –notamment après les guerre où ceux-ci seraient en minorité-, voire contre la République est fortement ancrée chez les hommes politiques de la fin du XIXème et du début du XXème siècles. Pour beaucoup d’entre eux -même chez les socialistes et communistes–, le vote des femmes serait influencé par les prêtres et cette peur explique en partie les freins à l’évolution des droits. L’époque a permis à l’antiféminisme de propager les craintes de l’émancipation des femmes : les nombreuses images et caricatures alors produites donnaient à voir un monde perdant ses repères, notamment sexués : les féministes ne seraient pas de "vraies" femmes, les hommes seraient soumis à leur épouse si les femmes obtenaient le droit de vote . On voit bien aujourd’hui avec l’expression "Je ne suis pas féministe mais ..." la force de persuasion de l’antiféminisme qui a su même créer des mythes fortement ancrés dans les mentalités, associant l’idée du féminisme à celui d’excès, de violences, voire même d’inversion de la domination.

L’histoire des droits des femmes et du féminisme ne doit pas nous faire perdre de vue que toute acquisition de droits n’est jamais définitive : elle peut même être suivie de régressions. Alors que les périodes de guerre voient les femmes accéder à certains métiers pour remplacer les hommes partis au front, le retour des hommes s’accompagne très souvent d’un retour à l’ordre précédent pour les femmes. La France de Vichy est également un retour en arrière -on parle de "backlash ou de retour de bâton" - après les années folles qui avait vu émerger le modèle émancipateur de la "garçonne"... Les femmes mariées furent alors invitées à s’occuper de leur foyer dans un pays qui vantait la devise "travail, famille, patrie" . Quant à aujourd’hui, notre vigilance est sollicitée régulièrement, notamment sur le droit à l’IVG, nous l’avons évoqué, qui est toujours menacé.

Les entraves et blocages à l’évolution du droit nous rappellent donc que l’égalité entre les femmes et les hommes est donc toujours en train de s’écrire. La banalisation du sexisme -dit ordinaire- qui tarde à être repéré et condamné, la méconnaissance à la fois de la signification et de l’histoire du féminisme soulignent le développement de l’antiféminisme se nourrissant de misogynie et d’ignorance. En ce début de XXIème siècle, la désinformation autour des ABCD de l’égalité révèle bien que la peur de l’égalité entre femmes et hommes, entre filles et garçons pour certain-e-s est toujours là, se nourrissant de fantasmes bien ancrés.

Aujourd’hui, d’autres questions liées à l’égalité tardent à être écrites : en 1972, Le principe de l’égalité de rémunération entre les femmes et les hommes est inscrit dans la loi mais la multiplication des lois sur l’égalité professionnelle ces dernières années montre bien la difficulté de notre société en 2017, à appliquer réellement, concrètement, cette égalité entre femmes et hommes, entre filles et garçons. Le changement des mentalités suivent souvent les lois …

Pour qu’il y ait changement, les mentalités de l’ensemble d’une population doivent évoluer ; il faut également que cette population soit au courant de l’existence de ces lois égalitaires et de ses applications au quotidien.

Et cela s’apprend ! Nous aborderons bientôt la question de l’éducation à l’égalité visant la non-reproduction des stéréotypes qui permettent aux inégalités de genre de toujours prospérer en 2017.

Quelques ouvrages de référence pour mieux connaître l’Histoire des femmes et du genre :

Des synthèses sur l’histoire des femmes et des féminismes :
  Yannick Ripa, Les femmes, actrices de l’Histoire, France, 1789-1945, A.Colin, 1999, 2004 (édition consultée).
  Michelle Zancarini-Fournel, Histoire des femmes en France, XIXè-XXè siècles, Presses Universitaires de Rennes, 2005.
  Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, Collection Repères, La découverte, 2008.
  Michelle Perrot, les femmes ou les silences de l’histoire, Champs flammarion, 1998.

Un livre pour enseigner l’histoire : Sous la coordination de Geneviève Demenjian, Irène Jami, Annie Rouquier, Françoise Thébaud, La place des femmes dans l’histoire, une histoire mixte, Belin (pour écoles primaires, collèges et lycées), 2010.

Des livres à découvrir en classe Nous aborderons plus tard les ouvrages à lire dès le cycle 2. Pour le cycle 3 :
  Il n’y a pas si longtemps, de Thierry Lenain et Olivier Balez, Sarbacane, 2005.
  Il était une fois l’histoire des femmes, Michelle Perrot répond à Eloïse et Oriane, de Michelle Perrot, 2001.

 

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