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7 septembre 2016

Egalité filles garçons

Pourquoi éduquer à l’égalité filles-garçons ?

Voici le premier article d’une série de cinq articles qui tentera de présenter pourquoi éduquer à l’égalité filles-garçons en 2016.

Pourquoi cinq articles ? Le sujet est complexe car sa seule énonciation laisse entrevoir un malentendu : pour certain·e·s , il est évident de l’inclure dans nos pratiques et enseignements, mais tellement évident pour d’autres qu’il leur parait néanmoins superflu de l’aborder en classe : l’égalité serait déjà là.

Il nous a semblé important de prendre le temps de développer ce sujet, d’autant plus qu’aborder cette question à travers l’ensemble des apprentissages demande certaines connaissances historiques rarement développées dans les formations de l’Education nationale .

Notre langue est politique (1/5)

La question de la langue se pose quand on parle d’égalité filles-garçons : elle contribue à invisibiliser les femmes, les filles alors qu’il s’agit d’une langue sexuée, avec deux genres grammaticaux -le « féminin » et le « masculin »-. Car « ce qui n’est pas nommé n’existe pas » . Cette invisibilisation a des origines « politiques » qui doivent être connues pour mieux comprendre la contribution de la langue à la représentation que l’on a d’une société.

Aucun souci à appeler l’enseignante de primaire la « maîtresse » mais celle qui enseigne en université sera ici ou là encore appelée « maître » de conférences. Certain·e·s rechigneront à appeler Marguerite Yourcenar une « écrivaine » –et parleront d’un écrivain, d’une « femme écrivain »- en disant que ce n’est pas joli, que cela fait « vaine » mais ne se poseront pourtant pas la question de la terminaison du mot « écrivain »… Certaines rectrices refusent d’utiliser ce terme usité pourtant par l’administration … sous prétexte que les plumes de la queue sont appelées ainsi -près du croupion- ? Ou pour des raisons personnelles qui mériteraient une analyse ! Car certaines qui arrivent à ce niveau hiérarchique ont dû (encore) suivre un tel parcours de la combattante qu’elles veulent jusqu’au bout, jusqu’à la dénomination-même de leur poste, être traitées « comme un homme », ni plus, ni moins. Idem pour « le secrétaire perpétuel » de l’Académie française qui s’appelle … Hélène Carrère d’Encausse. Ces femmes ont intégré une forme de dénigrement du féminin au point de refuser le féminin pour elles -les insultes au féminin ne sont-elles pas les plus courantes, notamment entre hommes ?-. La misogynie (linguistique) n’est donc pas exclusivement une attitude de certains hommes : on n’est pas loin d’une forme proche du syndrome de Stockholm !

Mais revenons à la langue française qui va, à partir du XVIIème siècle, être régulée par l’Académie française. Nous ne soulignerons pas assez l’éclairage d’études historiques récentes, notamment de l’historienne de l’Ancien Régime Eliane Viennot , qui révèlent les premières intentions de la toute jeune Académie française, qui, en ces XVIIème et XVIIIème siècles, a d’abord cherché à éliminer certains noms féminins et certaines règles de grammaire qui pouvaient rendre le féminin visible -comme la règle de proximité -.

La raison invoquée de cette entreprise de « masculinisation » de la langue –qui remplace la règle de proximité par « le masculin l’emporte »- est alors assez claire : en 1675, l’abbé Bouhours affirme "Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte" et en 1767, c’est le grammairien Nicolas Beauzée qui complète sans ambiguïté : "Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle". L’exclusion du féminin est alors clairement idéologique, reflétant les idées de l’époque.

Ces études historiques très récentes (2014, 2016) sur les origines que l’on peut qualifier de politiques de cette exclusion linguistique du féminin par l’Académie française dans de nombreuses situations permet de considérer cette revendication récente pour rendre les femmes également visibles dans la langue comme une « démasculinisation » de la langue, donc, plutôt qu’une « féminisation », en fait. Mais nous utiliserons encore ce dernier mot, couramment utilisé .

La langue française devint alors sexiste avec le renforcement du pouvoir de l’Académie française, chargée de rédiger un dictionnaire, une grammaire etc. Au Moyen Age, comme l’atteste le livre des métiers (vers 1268), la féminisation des métiers ne posait pourtant encore aucun souci, comme en atteste l’existence d’ « écrivaines », « miresses » (médecins), « botanistes », « bouchères », « maréchales-ferrantes », « chaudronnières », « meunières », « laitières » ou « barbières ». C’est justement la question des noms de métiers –et surtout ceux de prestige- qui, à plusieurs reprises, a montré la résistance de beaucoup -et de l’Académie en particulier- à la féminisation de la langue. Et la France a, en cette matière, du retard, face à certains pays francophones.

La question de la féminisation de la langue s’est en effet d’abord posée en dehors de l’Europe : dès 1979, le Québec met en place la féminisation des titres de profession, de métier et de fonction (avis de recommandation officielle de la Commission de terminologie de l’OQLF : dans les textes de l’Administration et dans les conventions collectives). En 1989, en Suisse, entre en vigueur dans le canton de Genève, le règlement relatif à l’usage de la forme féminine des noms de métier, de fonction, de grade ou de titre dans les actes officiels. Enfin, au niveau de l’Europe, en 1990, la recommandation n° R (90) du Comité des ministres du Conseil de l’Europe recherchait l’élimination du sexisme dans la langue . En 1993, le Conseil de la Communauté française de Belgique adopte un décret visant à féminiser les noms de métier, fonction, grade et titre. Les règles de féminisation doivent être appliquées dans tous les textes administratifs ainsi que dans toutes les publications qui émanent d’institutions et d’associations subventionnées par la Communauté française Lors de notre formation intersyndicale de 2012 , nous évoquions déjà les résistances de l’Académie française durant les XXème et XXIème siècles car celle-ci s’est farouchement opposée à la Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions présidée par Benoite Groult (1984-1986) mais aussi en 1997, face à l’utilisation par le gouvernement de « madame la ministre » -qui est de plus en plus utilisée-. Les académiciens –et les très rares académiciennes - ne souhaitent donc pas mettre au féminin en évoquant un « genre non marqué » que serait le masculin … mais remarquons tout de même qu’ils vont jusqu’à inventer un nom pour les hommes sages-femmes, les « maïeuticiens »… Il y a des priorités linguistiques en France et mettre la langue en adéquation avec l’évolution de la société ne semble pas être celle de la Coupole.

En France, deux textes officiels permettent de former les féminins des noms : Femme, j’écris ton nom (1999, rédigé par l’Institut National de la Langue française) et récemment, en novembre 2015 (un « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ») qui explique comment ne pas invisibiliser les femmes dans la langue. Ce dernier guide propose de nombreuses pistes pour avoir une langue véritablement non sexiste, dépassant la simple « féminisation » comme l’usage de termes désignant un ensemble . Ils sont tous les deux téléchargeables gratuitement en ligne.

« Dire, c’est faire », cette langue que nous utilisons, enseignons n’est pas superficielle, ornementale, elle est symbolique de la place réelle des femmes dans la société, ce qu’avait compris à sa manière le Général de Gaulle en interpelant les citoyens et citoyennes par le célèbre « Françaises, Français » dans une société qui venait à peine de donner des droits civiques et politiques aux femmes. Le langage suivait les actes, la loi. Aujourd’hui, il serait temps, en 2016, que les règles linguistiques se conforment aux avancées récentes du droit et de la société françaises et de l’usage linguistique.

Nous verrons la prochaine fois en quoi l’égalité des droits entre femmes et hommes, entre filles et garçons est tellement récente qu’elle continue toujours de s’écrire en 2016.

 

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